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- Pleins Feux, Catherine Jajolet

- Si c'était à refaire

- Le retour de Capdevielle, Nathalie Delamare

- Numa Bénésech questionne Capdevielle

- J'aurais pu mener une vie de milliardaire (Ici Paris, mai 2001)

- L'île secrète (sept. 2001)

13 A 13

Numa Bénésech questionne Capdevielle

1

Q: "Hérétique # 13", votre premier album après quinze ans de silence, nous tombe dessus comme "Les Enfants des Ténèbres et les anges de la rue", il y a vingt sept ans: on ne l'attendait pas, il n'y a rien de comparable dans la chanson française – ou dans le rock français, si vous préférez – et on se rend compte, en l'écoutant, que la place unique que vous avez eue dans la musique de ce pays, au début des années 80, n'a jamais été prise par personne … Pensez-vous que cet album aura le même extraordinaire succès que son "illustre ancêtre"

 

JPC: J'espère bien qu'on l'entendra jusqu'à la planète Mars.

2

Q: J'ai lu à propos de l'écriture de cet album – sur les sites de vos fans et sur certains posts de votre propre site, les explications les plus diverses:

Première thèse: une amie vous aurait demandé, alors qu'elle était enceinte, de chanter pour le bébé qu'elle portait; vous auriez pris une guitare - que vous n'aviez pas touchée depuis près de cinq ans – et, dans la foulée de ce qui devait être un petit "concert privé" d'un quart d'heure, vous auriez composé plus de vingt titres - dont bon nombre se retrouvent sur cet album.

Deuxième thèse: le décès d'un de vos anciens musiciens vous aurait profondément affecté et les titres d'"Hérétique #13" vous seraient venus naturellement après que vous ayez chanté, à sa mémoire, plusieurs chansons datant de vos débuts.

Il y a encore d'autres histoires, plus exotiques les unes que les autres: laquelle est la bonne ?

 

JPC: C'est une question trop personnelle… En tout cas, je ne suis pas certain qu'un bébé ayant entendu ma voix in utero deviendrait un amoureux de la musique.

 

3

 

Q: Votre agent m'a rapporté les réactions des deux seuls D.A. de majors que vous l'avez laissé rencontrer…

A l'écoute de vos maquettes, le premier aurait dit: "Je suis surpris d'aimer autant" et le second: "C'est bien, mais il y a quand même beaucoup de mots !"

Est-ce ce "calibrage" annoncé; cette menace d'un inévitable emprise d'un marketing "raboteur"; ou les méthodes de travail standardisées des majors et leur conception utilitariste de la musique qui vous ont fait prendre la décision de vous passer d'elles, ou vous êtes-vous simplement laissé porter par l'air du temps ?

 

JPC: J'ai simplement eu peur, en signant avec une major, de devenir une statue de cire longtemps avant d'entrer au musée Grévin.

 

4

 

Q: "Hérétique #13" sort en magasin, avec l'aide d'un distributeur indépendant, après un assez brillant début de carrière sur le net - on m'a dit que vous avez vendu plus de 2000 cds en un quart d'heure, à minuit, le vendredi 13 octobre - jour de l'ouverture des pré-commandes de l'album.

Votre site - créé, il y a huit mois sans aucune communication media -  reçoit un millier de visites par jour et j'ai pu constaté que votre ancien public, s'il vous est resté fidèle et a aussi entraîné avec lui une nouvelle vague de fans, de vingt à vingt cinq ans.

Le plus étrange, c'est que tout ce petit monde semble vous idolâtrer autant en tant qu'artiste qu'en tant que personne: on se met à votre disposition pour vous aider dans votre aventure; on vous appelle "Chef"; "Boss"; "Mon poète"; ou même "Maître" (!!!).

Vous n'avez jamais pensé à créer une secte ?

 

JPC: Je ne serais pas un bon gourou: je n'aime pas porter de sandales.

 

5

 

Q: Vous avez été un énorme star au début des années quatre vingt: vous faisiez partie de ces artistes qui ne peuvent pas traverser une rue sans qu'on leur demande dix autographes, ni entrer dans un restaurant sans que tous les regards se tournent vers eux.

Quel effet çà vous fait de pouvoir marcher dans la rue sans que personne ne vous reconnaisse ?

 

JPC: Cà m'évite d'avoir à me regarder dans un miroir toutes les quinze minutes pour voir si je reconnais bien le fils de ma mère.

 

6

 

Q: La réalisation d'"Hérétique #13" semble avoir passionné bon nombre de musiciens de la scène rock actuelle: Philippe Almosnino des Wampas - qui trie ses collaboration sur le volet - joue de la guitare sur presque tous les titres; Cali a tenu à vous envoyer ses encouragements; comme le violoniste de Louise Attaque; David Hallyday a enregistré les batteries de huit titres et souhaite vous accompagner en tournée; Jen Jordan – la chanteuse du mythique "Mary Modified" – chante en duo avec vous…

Quel effet cela vous fait-il d'être soudain reconnu par des musiciens aussi divers ?

 

JPC: Je crois que je vais recommencer à porter des lunettes noires.

 

7

 

Dans "Hérétique #13" vous abordez, sur un ton souvent ironique, des sujets très divers: la morosité de l'époque reflétée par la télévision; la problématique de l'espoir au 21ième siècle; la menace de l'impérialisme américain; les pièges de l'homosexualité refoulée; la menace d'une dictature souriante; les "charmes" de femmes savantes; le leurre de la démocratie; la nostalgie de la vie tribale; les conséquences de "l'anthropocentrisme"; les individus restés bloqués à une période de leur vie; les conflits de l'adolescence; la dérision et l'importance de l'amour…

Et j'en oublie…

Est-ce que c'est tout ce que vous aviez à dire ?

 

JPC: J'aurais peut-être pu écrire une chanson sur l'évolution du prix de l'immobilier dans le sud de l'Angleterre; j'aime bien les sujets d'intérêt général.

 

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Q: Quelles sont vos influences dans la chanson française et comment vous situez-vous par rapport à Francis Cabrel ? Jacques Brel ? Georges Brassens ? Téléphone ? Arno ? Léo Ferré ? Jean-Louis Murat ? Alain Bashung ? Gérard Manset ?

 

JPC: Ailleurs… J'essaie juste de faire du rock en français

 

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Q: Du rock français ?

 

JPC: Non, du rock en français.

 

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Q: Vous avez fait trois tournées et puis plus un seul concert depuis quinze ans… Vous n'aimez pas la scène ?

JPC: Si… Mais je suis peut-être un type qui fait juste une tournée tous les quinze ans…

 

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Q: En 1993, vous avez cessé d'enregistrer des albums et vous êtes parti faire des études de cinéma à UCLA; à votre retour, vous avez réalisé quelques clips mais vous avez vite laissé tomber la réalisation pour vous lancer dans un genre musical nouveau à l'époque le "néo-opératique" (un mélange de mélodies pour voix lyriques; de rythmiques lounge et d'orchestrations classiques, sur des textes que vous écriviez en italien du 14ième siècle !!! )

Ce "cocktail" a connu un énorme succès à l'étranger - votre premier album du genre (Emma Shapplin:Carmine Meo) s'est vendu plus de deux millions d'exemplaires et le second (Atylantos) a des chances d'être monté sur scène aux Etats Unis.

Vous semblez pourtant, à nouveau, changer de voie; êtes-vous un velléitaire ?

JPC: En fait, mes projets "néo-opératiques" m'avaient contraint à me transformer en dresseur de soprano… C'est un métier dangereux et j'en ai eu vite assez de me faire planter des couteaux dans le dos…

 

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Q: Il y a pas quelques années, vous avez intitulé un de vos albums "L'ennemi public"; votre dernier bébé s'appelle "Hérétique # 13" – essayez vous de trouver des étiquettes accrocheuses pour titiller les media ou vous sentez-vous vraiment mal aimé ?

 

JPC: Il y a quelques années, j'étais parano; aujourd'hui, je sais qu'il n'y a que ma concierge et mon psy qui ne m'aiment pas.

 

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Q: Et "Hérétique #13"… Pourquoi ?

 

JPC: C'est mon treizième album et je cherchais un titre en neuf lettres se terminant par "ique"