- Celle qui t'aimait, Bernard Lescure

- Itinéraire d'un enfant du Rock, Thierry Kübler et Belkacem Bahlouli

- Pleins Feux, Catherine Jajolet

- Si c'était à refaire

- Le retour de Capdevielle, Nathalie Delamare

- Numa Bénésech questionne Capdevielle

- J'aurais pu mener une vie de milliardaire (Ici Paris, mai 2001)

- L'île secrète (sept. 2001)

Capdevielle : « Contre un petit cancer bien douloureux, l’héroïne, personne ne crache dessus. »

ci c'était à refaire

version PDF version scannée

A la fin des Seventies, il est jeune, riche et célèbre. Mais avec les années 80, le public le délaisse et, dans le Tout-Paris, plus personne ne semble le connaître : à peine passée la trentaine, il se retrouve en quarantaine.

            « Montparnasse. Il m’a filé rencart au Select, le bistrot où un Modigliani entre deux vins croquait des femmes aveugles sur le vichy des nappes. Je pousse les battants de bronze art-déco et je me heurte à un mec pas net, le genre artiste hirsute aux silences expressifs. Capdevielle me fixe avec des yeux comme des aiguilles : « je te la pousse ma chansonnette ?
            Alain Morel : Trois chansons nouvelles, c’est un peu léger pour un grand retour, non ?

            Jean-Patrick Capdevielle : Le « retour » c’est un truc inventé par les médias ! En 90 ou en 92, j’ai fait des disques qui n’ont pas marché mais je n’étais pas absent. Le coup de la compil, ça me gonflait, mais on a vraiment rebossé sur les morceaux et trouvé des sons qui m’ont refait bander.
           
La chute brutale de ta gloire, ça t’a fait du mal ?
            Certains trucs m’ont dégoûté, comme l’échec de mon dernier disque. Mais, hormis la perte de contact avec le public, mon statut perdu de superstar ne m’a jamais manqué.

Un moment, tu étais le pestiféré du showbiz
            Il y a des mecs qui préfèrent l’attitude à l’exactitude. Dans « Libé », je lisais des papiers sur ma disparition puis, à la page suivante, celle du calendrier, je retrouvais mes dates de concert ! Manœuvre qui, depuis, m’a fait plein de gentillesses, et de Caunes, avec qui la réconciliation n’a pas eu lieu, faisaient de l’anti-Capdevielle.

Tu ne te défendais pas ?
            Bien… j’avais e sentiment d’être un gangster : faire cinq albums avec dix accords, même si ça vend, c’est se foutre de la gueule du monde !


Tu t’es alors mis à faire de la télé. Tu prétendais te situer entre « le Cancel alternatif et le pré-Ardisson parisianiste » ?
            Exact. Foulquier avait promis une carte blanche totale pour « Totem », sur France 3. On a fait des scores magnifiques. Du coup, ils nous ont imposé du Top 50. Il valait mieux que je fasse ma valise.

Tu dénonces aujourd’hui le « politiquement correct »et même le « sexuellement correct » . Côté cul, tu ne t’es jamais fixé de limites ?

            Côté cul, j’ai vécu à fond la fièvre des années 60. Je suis parti à la découverte d’à peu près tout et, finalement, j’ai fait mon choix : les femmes !

Côté défonce, tu restes un porte-drapeau de la liberté totale ?

            Tout est question de dose, et il faut à tout prix éviter de se foutre des seringues dans les veines ! Mais n’oublions pas que contre un petit cancer bien douloureux, l’héroïne, personne ne crache dessus. Et si les Indiens des Andes n’avaient pas la coke, ils seraient incapables de fournir les efforts qu’ils accomplissent pour survivre ! La légalisation, c’est un faux problème. Ce qui compte, c’est de savoir que si tu tires sur le shit toute la journée, t’as le cerveau qui dégouline !

Tu as souvent le goût du pire ?
 
            Oui. L’envie de renoncer à tout. L’impression de manquer de vrai combat. Je me sentirais bien capable alors de mettre ma vie en danger. Mais pas par jeu. Pas à la roulette russe. J’aime trop l’existence. Je la regarde encore en gamin.

Tu dis que le vieux monde a changé. Quoi particulièrement ?

            D’abord, la télé. L’URSS a explosé quand les gens ont découvert sur leurs petits écrans qu’il y avait autre chose au monde à manger que des patates ! Et puis, il y a l’invasion de l’informatique. Du coup le Kouchneromondialisme fait son chemin, et Cuba deviendra bientôt la Floride, sida compris ! Le sida a tué plus de GI’s que la guerre du Golfe lors de leur escale e de retour en Thaïlande que sur le terrain, en Irak !

Tu joues encore les nababs tant d’années après tes derniers tubes ?

            Aujourd’hui, je voyage avec « Nouvelles Frontières », j’économise 12 000 balles par voyage ! Quand mes premières grosses rentrées d’argent sont arrivées, j’ai pensé que ça ne durerait pas et j’ai pas trop mal géré. Et puis le fric est rentré pendant longtemps et, comme je suis auteur- compositeur- interprète, quand j’ai gagné, j’ai décroché le Loto !

 

Si c’était à refaire ?
 
            Je referais tout différemment, évidemment ! Et puis, en plus je déteste le passé. Mais si tu demandes à n’importe quel metteur en scène ce qu’il pense de n’importe lequel de ses films, il te dira qu’il aimerait tout refaire !

 

« Politiquement Correct » de Jean-Patrick Capdevielle.
CD chez Sony-Tristar.